Les festivals wallons et bruxellois s'unissent au sein d'une fédération : la FFMWB


22 février 2021

Après une saison 2020 on ne peut plus chaotique, les festivals wallons et bruxellois s’associent pour former la FFMWB – Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles. Une quarantaine d’organisateurs s’associent afin de porter d’une seule et même voix les revendications du secteur. Parmi les membres fondateurs, on compte notamment les Ardentes, le Couleur Café, et plus près de chez nous, le Ronquières Festival.

La genèse de la FFMWB

« La Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles a été fondée en septembre 2020 et rassemblait alors 12 membres fondateurs : les festivals les plus importants en termes de taille sur les territoires wallons et bruxellois – Dour, Ronquières Festival, Les Ardentes, le BSF, Couleur Café, etc. Depuis elle a rapidement grandi et compte maintenant une quarantaine de membres. » nous explique Didier Gosset, porte-parole de la FFMWB.
En Flandre, ce type de fédération existe déjà depuis plusieurs années. C’est la FMiV - Federatie van Muziekfestivals in Vlaanderen. Elle compte près de 280 membres. L’idée n’est donc pas neuve.
« La crise sanitaire du coronavirus a été un facteur déclencheur dans la création d’une fédération de la sorte en Wallonie. Même si pour l’instant nos préoccupations tournent principalement autour du COVID et de la tenue ou non des événements cet été, nous ne nous limiterons pas seulement à cela. Tout ce qui touche de près ou de loin au travail des organisateurs de festivals est concerné. On parle ici de mutualisation de matériel, d’échange de connaissances ou de bénévoles. » poursuit-il.

2020, une année catastrophique à bien des égards

« Le bilan de l’année 2020 est on ne peut plus négatif. Les festivals ont pratiquement été interdits. Ils ont perdu 99 % de leurs revenus [source : SABAM]. Ce chiffre est assez compréhensible car la plupart d’entre eux n’ont pas eu lieu. Et pour ceux qui, comme le Lasemo, ont pu organiser une version réduite, adaptée et alternative, c’était plus pour le geste symbolique que pour de réels revenus. ».
Il n’y a pas que les organisateurs qui ont été impactés financièrement et moralement par ces annulations en série. Un festival, c’est tout un ensemble d’acteurs. Par extension, les fournisseurs, les techniciens, les ingénieurs du son et de la lumière, les artistes et leurs agents ainsi que les bénévoles et saisonniers se retrouvent, eux aussi, en difficulté. Toute l’industrie de la musique live est impactée.

Un avenir incertain

« Un festival c’est quelque chose qui s’organise à l’année. Traditionnellement, ils commencent déjà à travailler avec leurs sous-traitants et leurs fournisseurs, dès cette période-ci de l’année. Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation à deux voies. Si on veut avoir des festivals, il faut commencer à travailler à leur préparation. Mais si la pandémie ne se freine pas, on peut craindre que nos événements, même à jauge réduite, ne se tiennent pas du tout. Le travail de la FFMWB est donc d’essayer d’avoir un maximum de garanties et de visibilité sur notre avenir proche. ».

L’année dernière, le ministre de la Culture est venu financièrement en aide aux festivals. Mais cette année, la situation est différente. Les organisateurs se préparent à "l’après" et ne savent pas si leurs événements pourront bel et bien avoir lieu et encore moins sous quelles conditions. C’est pourquoi les membres de la fédération demandent la mise en place d’un fonds de garantie. Comme c’est déjà le cas au Nord du pays. « C’est une tendance que l’on voit émerger dans les pays limitrophes [Pays-Bas et Allemagne] et aussi en Flandre. Le principe est simple ; on nous invite à commencer à travailler, à préparer nos festivals et s’ils peuvent se tenir, tant mieux. Mais s’il y a une annulation, les représentants du gouvernement se portent garants des sommes engagées et couvriront donc les frais. Du côté néerlandophone, c’est un budget mixte qui a été engagé. 50 millions pour ce fonds et 10 millions mis à disposition pour les surcharges de coûts éventuelles (distribution de masques, gel hydroalcoolique, multiplication des entrées, organisation des flux, etc). ».
Pour l’instant, rien de comparable n’a été mis en place en Wallonie ou à Bruxelles. « Quelques aides sont disponibles de la part du ministère de la Culture, mais ce n’est qu’un million qui a été débloqué. Ce n’est rien en opposition aux 60 millions mis à disposition des festivals du Nord du pays. ».  

Une double inquiétude

« On travaille sans garantie et il y a une véritable distorsion de concurrence. On peut facilement se mettre à la place d’un fournisseur qui a une offre en Flandre et une autre en Wallonie. Ce dernier sait que s’il travaille avec le festival flamand, ses frais seront couverts. Quoi qu’il arrive. Ce n’est pas le cas chez nous… Il privilégiera donc le client néerlandophone. ».

Didier Gosset conclut avec ceci : « Il est trop tôt pour abdiquer. On veut toujours croire à la tenue de festivals, cet été – moyennant des aménagements sanitaires pour la sécurité du personnel, des artistes et des festivaliers. Il est aussi trop tôt pour savoir comment ça va se passer et comment va évoluer la pandémie. La campagne de vaccination nous donne de l’espoir. [...] Les festivals de début de saison [avril – mai] n’auront, eux, pas lieu. C’est certain. [...] Notre souhait le plus cher est un déconfinement de la culture ainsi qu’un retour du public et des artistes dans les salles. Avec un déconfinement réfléchi et pensé qui puisse s’accélérer dans les mois à venir. ». 

Guillaume Picalausa

Crédit image : Pixabay