Nivelles : “Ce que nous vivons est encore plus stressant que les attentats, la crise de 2008 ou le volcan islandais"


03 novembre 2020

Les compagnies de taxis sont autorisées à rouler durant couvre-feu. Il revient aux clients de prouver la nécessité de leur déplacement en cas de contrôle. En dépit de mesures plus souples sur les déplacements que lors du confinement de printemps, la corporation roule au pas. 

Les compagnies de taxi brabançonnes sont dans l’expectative. Depuis le début de la pandémie et des mesures sanitaires imposées en mars dernier, elles tournent au ralenti. Si le confinement de printemps avait été "catastrophique" pour reprendre les termes d’acteurs du secteur, la courte période de reprise durant les mois d’été n’a pas pu compenser l’arrêt des activités. "Au plus fort de la reprise, nous n’avons pas dépassé les 50% de l’activité habituelle", évalue Christian Glineur, patron de Nivelles Taxis et de l’entreprise de navettes "Navettes.eu". "L’activité de notre service navette a chuté de 80% durant le premier confinement. On a eu un sursaut en juillet-août et un léger mieux en cette période de Toussaint: les gens voyagent un peu, mais nettement moins. Pour vous donner une idée, entre avril et septembre, un véhicule parcourt habituellement 80.000 km. Cette année, sur cette période, on en a parcouru à peine 10.000. On travaille avec beaucoup de compagnies étrangères américaines voire australiennes, basées à Nivelles ou à Braine l’Alleud. Comme leurs collaborateurs étrangers ne peuvent plus venir en Belgique, nous n’avons plus de mission”.

L’impact économique a malheureusement eu des répercussions sur les ressources humaines. "Nous ne sommes plus que 4 chauffeurs de taxi au lieu de six. Je n’ai pas renouvelé les contrats à durée déterminée de deux d'entre eux. Idem pour le service navettes. Et nos 2 employés sont en chômage économique. Je pensais pouvoir réengager durant les fêtes de fin d’année, mais je pense devoir me raviser au regard des mesures prévues pour les six prochaines semaines".

"Nous ne posons pas de questions"

Contrairement au premier confinement, les récentes mesures adoptées par le pouvoir fédéral accordent une certaine souplesse aux déplacements. Les taxis et navettes peuvent d’ailleurs rouler durant le couvre-feu, entre 22 heures et 6 heures. "Mais il revient au client de justifier la pertinence de son déplacement en cas de contrôle, prévient M. Glineur. Par exemple, un déplacement pour vous rendre à l’aéroport est autorisé, tout comme sur votre lieu de travail. Il ne nous revient pas, en tant que chauffeurs, d’évaluer le motif du déplacement. Nous ne posons pas de questions, notre mission est de conduire une personne d’un point A à un point B. Nous n’avons jamais subi de contrôle (de police) durant une course. À l’inverse, la police nous appelle souvent lors de contrôles d’alcoolémie, au cas où une personne est convaincue de conduite en état d’ivresse et est déchue de son droit de conduire".

Survie

Une activité qui tourne, toutefois, au ralenti. Et les perspectives restent floues, à l'image des aides promises par les pouvoirs politiques. "Toute société qui justifie une chute de plus de 60% du chiffres d’affaire - c’est notre cas - peut revendiquer des aides. Mais nous sommes dans l’attente. C’est un combat de tous les jours, entre payer les primes d’assurance, les leasing et les autres charges. Lors du premier confinement, les aides perçues m’ont permis de survivre. On a touché une prime de 5000 euros, mais diluée sur 5 mois, le calcul est vite fait. Avec le report de l’ONSS et des cotisations mi-décembre, on ne fait que reporter des dettes. Ce qui est à craindre, c’est qu’au premier trimestre 2021, on soit surchargés de dettes. Donc, on attend. Le début 2021 risque d’être terrible. On nous parle d’aides, mais on ignore lesquelles. La meilleure chose qui pourrait se passer, c’est une exonération totale des charges ONSS depuis le début de la pandémie. Ce sont des pertes sèches pour l’Etat. Mais qu’est-ce qui est le mieux? Gérer des faillites ou effacer l’ONSS. C’est une bonne question". 

En dépit de la morosité ambiante, M. Glineur s’impose de rester optimiste. "J’ai traversé les attentats, la crise de 2008, le volcan islandais au nom imprononçable (l'Eyjafjöll en 2010, ndlr). Mais ce que nous vivons maintenant est encore plus stressant. Mais on doit être optimiste. On n’a pas le choix. Si on baisse les bras, on est fichus. Je me dois de garder la passion de mon métier et continuer. La seule chose qui pourrait m’arrêter, c’est de ne plus être capable de payer mes factures".

Loïc Struys

Crédit photo : Nivelles Taxis