"Si ça se prolonge de trois ou quatre mois, ça risque d'être difficile ..."


23 novembre 2020

De nombreux étudiants ont perdu leurs jobs ces derniers temps. La crise du coronavirus n’épargne personne. Leurs habitudes changent du tout au tout, leur moral est au plus bas. Certains ont même du mal à financer leurs études alors qu’ils peinent déjà à suivre les cours en ligne. Qui sont-ils ? Comment font-ils ? Ultrason est allé à la rencontre de trois d’entre eux.


Louis, 20 ans, étudiant infirmier en 2ème année à la HELHa de Jolimont et habitant de Braine-Le-Comte.

Il travaille sous contrat avec un grand parc d’attractions du Brabant Wallon. Or, le parc est momentanément sous « fermeture Covid », Louis a donc perdu son contrat et n’a reçu aucune compensation financière. Pour l’instant, il arrive à garder la tête hors de l’eau, mais ses économies ne suffiront plus longtemps ; « Je suis quelqu’un d’économe, heureusement, mais si ça commence à se prolonger de trois ou quatre mois, ça risque d’être difficile … Avec l’école, les frais s’accumulent et si on n’a pas un petit revenu d’étudiant supplémentaire, avec le prix du minerval et les frais des stages notamment, ça peut vite monter ».
Louis doit régulièrement investir dans des uniformes, des livres et des photocopies pour les cours. Lors de ses stages à l’hôpital, qui sont souvent épuisants, il aime aussi s’offrir le luxe d’un café ou d’un repas chaud pour se remonter le moral. Chose qu’il ne pourra plus se permettre à l’avenir si la situation actuelle n’évolue pas.

Les problèmes d’argent ne sont pas les seuls qu’il rencontre. Il a aussi quelques difficultés pour suivre les cours en ligne et se pose des questions quant à la qualité et à la valeur qu’aura son diplôme à la fin de sa formation : « Quand on se rend en stage, de ce que j’ai pu voir, les équipes sont débordées et n’ont pas le temps de nous encadrer. (sic) Et c’est : « Faites ce que vous savez faire, on a pas trop le temps de vous apprendre autre chose » ». Louis et ses collègues de classe se demandent même si ça vaut la peine de continuer d’aller en stage si c’est pour rester sur leurs acquis et ne pas pratiquer des soins plus poussés sur les patients ; « L’infirmier qui sort de ses études et qui a connu deux voire trois années de « Covid » durant sa formation – on ne sait pas combien de temps ça peut encore durer – risque d’être un moins bon infirmier que celui qui a fait sa formation en temps normal et qui aura eu l’occasion de travailler dans plusieurs services. Il aura donc une expérience plus large grâce à un meilleur encadrement ».

Cédric, 21 ans, il habite Seneffe, fait des études pour devenir prof de sciences humaines à la haute école de Nivelles, c’est sa première année.

Avant la pandémie, il travaillait pour un magasin alimentaire de sa ville, mais il a arrêté d’y aller ne voulant pas prendre de risques pour sa propre santé et celle de ses parents ; « Je ne voulais pas rentrer en contact avec des gens que je ne connaissais pas, je ne savais pas ce qu’ils avaient fait, je ne sais pas s’ils respectaient les mesures, ça me mettait un petit stress … Après tout ça, je suis retourné travailler, mais là, ils n’avaient plus besoin de moi ». Comme il ne sort plus de chez lui, Cédric n’a plus besoin d’argent mais il aurait aimé pouvoir bénéficier de temps qu’il lui était offert pour faire des économies pour plus tard.
En ce moment, le plus difficile pour lui c’est l’école.  Le contact avec ses professeurs et ses amis est indispensable à sa réussite « Le fait qu’on n’a pas le relationnel avec ses camarades, ça impacte beaucoup les résultats, le style d’étude et surtout la motivation. ».
Pour lui, ce sera beaucoup plus difficile de réussir cette année « Pour poser les questions aux profs, c’est beaucoup plus compliqué. Quand on envoie un mail, avec le nombre d’élèves qui en envoient aussi un, on n’est jamais certain d’avoir une réponse. Il y a des difficultés en plus qu’il n’y avait pas avant … Il y aussi des problèmes lors des cours en ligne. Parfois, il y a trop d’élèves, parfois les sites ont des bugs et ne fonctionnent même pas. ».

Nina, 19 ans, Ittroise, c’est sa première année en tant qu’assistante sociale dans une haute école de Bruxelles.

Le restaurant dans lequel elle travaille a fermé suite aux exigences gouvernementales, elle n’a donc plus aucune rentrée d’argent. « Comme je dépense beaucoup moins de sous qu’avant, je n’ai pas trop de problèmes pour l’instant. Mais dès que je fais une dépense, je vide mon compte et, de l’autre côté, il ne se remplit plus du tout. C’est clair que si ça continue, ça va vite devenir critique. J’espère donc pouvoir reprendre le plus vite possible. ».
Nina ne cache pas qu’elle commence à en avoir ras-le-bol de la situation. D’autant plus que les chiffres de l’épidémie ne sont pas très encourageants.  La façon dont les cours sont donnés n’arrange pas la situation. Pour elle, le problème c’est vraiment l’ordinateur : « J’ai beaucoup plus de mal à suivre les cours sur l’ordinateur. Je sens clairement la différence entre rester 2h de cours devant un prof en auditoire et 2h de cours derrière l’ordinateur. Quand c’est toute la journée, c’est vraiment invivable. Je n’en peux vraiment plus. ».
Son école ne soutient pas beaucoup les élèves, mais les professeurs, eux, font tout leur possible. Elle se rend compte qu’eux aussi, vivent mal la situation.

Globalement ils essaient tous les trois de rester positifs pour l’avenir. Ils espèrent que tout va pouvoir, très vite, revenir à la normale grâce à l’effort collectif.
Cependant, Louis, très proche du milieu hospitalier, souhaite attirer l’attention sur quelque chose : « Il faut rester critique et logique par rapport à ce qu’on nous dit. Il faut analyser l’information pour pouvoir comprendre pourquoi le gouvernement nous impose certaines mesures et donc pouvoir appliquer celles-ci correctement. C’est une nouvelle maladie, on apprend un peu plus à la connaître tous les jours. »

Guillaume Picalausa
Crédit Image : Pixabay