Le frelon asiatique, bête noire des apiculteurs : comment lutter ?


19 avril 2021

Le printemps est là et avec lui une multitude d’insectes refont surface. Parmi eux, le frelon asiatique ou Vespa velutina : la bête noire des apiculteurs. Eliane Keppens, apicultrice depuis plus de 40 ans et présidente de l’Union Apicole Rebecq-Enghien nous décrit l’insecte et explique comment lutter contre lui. Le Brabant wallon est concerné.

Un insecte clandestin

« Le frelon asiatique est arrivé en Europe vers 2014, dans la région de Bordeaux. Tout a commencé avec une seule femelle fondatrice venue dans des poteries qui arrivaient de Chine […] Il suffit d’une seule reine déjà fécondée pour que l’espèce prolifère. Même si un nid ne survit qu’une seule année, il libère beaucoup de nouvelles femelles fondatrices. Et ces dernières passent l’hiver pour à leur tour fonder leur propre colonie. », explique Eliane.
On estime que, chaque année, l’espèce invasive avance vers le Nord d’environ 100 km. Ce qui fait que maintenant elle a presque envahi toute la Belgique.

Un comportement alimentaire problématique

« Les frelons nourrissent leurs larves avec des protéines et doivent donc s’attaquer aux autres insectes. Les frelons européens sont très utiles car ils chassent les mouches ou les moustiques par exemple et ne représentent donc pas un problème. Mais le frelon asiatique a lui pris l’habitude de s’attaquer aux ruches car il sait qu’elles sont peuplées de nombreuses abeilles et donc de larves. Elles contiennent beaucoup de protéines ! Ils se sont spécialisés en quelque sorte... Ils attaquent surtout au mois d’août. C’est à cette époque-là qu’ils ont le plus besoin de protéines. Et ils détruisent des colonies entières ! Même si le frelon européen prend quelques abeilles, il n’est pas aussi dévastateur que son cousin asiatique. Face à lui, les abeilles n’ont aucun moyen de défense. Elles paniquent et n’osent plus sortir de la ruche tandis que celles qui veulent rentrer se font emporter. »

Quelques différences entre les deux cousins

« Le frelon asiatique est un peu plus petit que le frelon européen, mais il est très noir. Il a une particularité, il a le bout des pattes tout à fait jaune citron. Le frelon européen n’a pas ça du tout […] Si vous en voyez un qui tourne autour de ruches ou d’autres choses, vous pouvez le signaler sur le site du C.R.A.W. Mais n’essayez pas de le tuer, sa piqûre est très douloureuse et peut parfois être dangereuse. Si vous parvenez à identifier l’endroit où est son nid, encore une fois, n’intervenez pas. Signalez-le à ce même organisme ou aux pompiers.
Il faut utiliser des méthodes particulières et prendre certaines précautions. Tous les individus et la femelle fondatrice doivent être tués, sinon le nid est juste dispersé et le problème reporté… »

Pièges et autres moyens de défense

Malgré tout, certains apiculteurs luttent pour contrer cette invasion : « Pour protéger les ruches on peut placer devant les planches d’envol (sorte de porte d’entrée de la ruche), des muselières. Avec ça, le frelon ne sait plus approcher. Ça fonctionne quand on a deux ou trois ruches, mais lorsque l’on en a quinze ou vingt, ce n’est plus faisable ! […] On peut aussi fabriquer un piège comme ceux que l’on utilise contre les guêpes : une bouteille dont la partie supérieure a été coupée puis retournée sur la partie inférieure. Il faut y ajouter une matière sucrée comme du sirop et quelque chose d’alcoolisé. Les abeilles ont horreur de l’alcool (vin blanc, bière, …) et ne se feront donc pas prendre. Malheureusement, avec ça on n’épargne pas les guêpes ou les frelons européens qui eux sont utiles à notre écosystème. Pour règler ce problème, les vendeurs de matériel apicole vendent des pièges calibrés pour capturer uniquement les frelons asiatiques et laisser échapper les autres insectes. »

Guillaume Picalausa
Crédit Image : Pixabay