Les jeunes de Nivelles, des futurs CRACS?


16 mars 2021

La Maison des Jeunes de Nivelles s’est installée dans de nouveaux locaux. Une nécessité vu la croissance de son taux de fréquentation, hors pandémie. Si elle dû se réinventer au cours de cette année particulière et se mettre à l’écoute d’un certain mal-être, la MJ Squad espère le retour d’activités durant les prochaines vacances scolaires.

La Maison des Jeunes de Nivelles - la MJ Squad - a déménagé. L’ancien local, situé rue Bayar proche de la Grand-Place, était devenu trop étroit au regard du taux de fréquentation habituel des locaux, à une époque dont on peine presque à se souvenir. Désormais, la MJ Squad occupe le bâtiment de l’ancien foyer des pensionnés, à l’ombre du couvent des Recollets. Disposé en "L", il compte une aile aménagée en salle d’accueil, avec kicker, canapés, écran plat et une bibliothèque renouvelée toutes les six semaines. Une autre aile est, quant à elle, destinée aux ateliers. "Tout ça est en accès libre et gratuit pour les jeunes qui fréquentent la MJ Squad", souligne Sophie Lurquin, la coordinatrice. "En outre, notre foyer garantit l’accès aux personnes à mobilité réduite. Nous n’avons aucune marche à gravir, ce qui n’était pas le cas à notre ancienne adresse", enchaîne Patrick Monjoie, Président de l’asbl. 

En temps normal, ils sont une centaine de 12 à 26 ans à faire vivre ce lieu, à participer aux nombreux ateliers et nombreuses activités pilotés par des animateurs professionnels. "On propose des ateliers récurrents, toutes les semaines. Je pense aux ateliers radio, multisports, jeux de rôles, lectures ou encore au ciné-club, énumère Sophie Lurquin. Ils sont gratuits pour les membres, et la carte de membre coûte 5 euros."

Le profil des membres de la MJ est mélangé: il se compose de Nivellois, mais aussi de jeunes issus des villages avoisinants, d’horizons sociaux et culturels différents. Si la nouvelle localisation est un rien décentrée par rapport à l’ancienne - qui se trouvait au carrefour de plusieurs écoles -, elle reste toutefois facilement accessible. "Il était important de trouver un bâtiment dans le centre de Nivelles, accessible aux jeunes sans véhicules", ajoute Mme Lurquin. 

Un espace idéal où la MJ pourra poursuivre ses missions, dont la principale se cache derrière l’acronyme CRACS. "Ce qui constitue l’ADN des MJ, c’est de faire des citoyens responsables actifs, critiques et solidaires, des CRACS, nous explique Patrick Monjoie. C’est important, parce que ça veut dire que l’ensemble des activités vont être imaginées dans cette optique. Nous aidons les jeunes à devenir des citoyens qui posent un acte réfléchi par rapport à la société dans son sens le plus large."

Organisation participative

"On a l’habitude de dire que la Maison des Jeunes est un espace pour les jeunes, par les jeunes", reprend Sophie Lurquin, dont la formule constitue la devise de l’asbl. "Le Conseil des jeunes répond à cette idée: les jeunes donnent leur avis sur le fonctionnement, le règlement, les activités. Notre Conseil de participation crée des ateliers, des activités particulières, comme un espace game. De là, certains sont même arrivés dans le Conseil d’administration. On a des jeunes à tous les étages de la structure."

Cette réflexion permanente est encadrée par des animateurs, dont le rôle est de baliser les étapes de concrétisation d’un projet. "Ce ne sont pas des adultes qui réfléchissent à des activités pour les jeunes, insiste M. Monjoie. C’est bien une réflexion collective sur les différentes activités que nous allons pouvoir mettre en place, qu’elles soient sportives, culturelles, musicales ou orientées média. Les jeunes sont toujours encadrés, un animateur ou une animatrice est toujours présent. Nous avons des professionnels de l’animation, qui ont toutes les compétences pour travailler avec un groupe, gérer la vie du groupe et les projets. Ils structurent les projets proposés par les jeunes, les aident à les monter."

Des "congés" à la souffrance

Ce dynamisme s’est à nouveau révélé aux premiers jours de la crise sanitaire, où l’équipe a dû rebondir pour garder ne serait-ce qu’un contact virtuel avec les membres. "Nous avons très vite créé des ponts concrets avec les jeunes, se félicite Patrick Monjoie. À titre d’exemples, nous avons proposé des recettes de cuisine, des soirées jeux en ligne, des soirées cinéma avec débat en ligne. Nous avons été obligés de nous repenser pour conserver et entretenir le lien. La surprise d’avoir des congés en mars dernier s’est vite transformée en souffrance, avec des impacts psychologiques prononcés sur certains jeunes."

Depuis quelques semaines, la MJ peut organiser des activités extérieures par petits groupes (pour les 12-18 ans) et les recevoir, sur rendez-vous, dans le cadre de la lutte contre le décrochage scolaire. "Nous évoquons avec eux leur ressenti, leur éventuel mal-être, précise Sophie Lurquin. Nous ne sommes pas habilités à accompagner un jeune en difficulté, mais nous sommes là pour l’orienter vers des services qui peuvent l’aider. Certains vivent très bien la situation et s’en accommodent. Par contre, d’autres souffrent énormément de ne pas pouvoir suivre des activités, voir leurs amis. Ils expriment de la colère d’être privés de liberté, qu’on leur fait rater leur jeunesse. Ils vivent un mal-être. Ils se sentent stigmatisés: on pointe souvent les jeunes du doigt sous prétexte qu’ils ne respectent pas les règles, qu’ils véhiculent le virus. Ils avaient plein d’attentes - pouvoir sortir, voyager - et tout leur est interdit. L’environnement familial joue aussi un rôle clé et va influencer leur perception et leur façon de vivre la période actuelle."

Reculer pour mieux sauter

L’association attend avec impatience une reprise élargie et normalisée des activités dans les semaines à venir. À ce titre, les ateliers et stages des prochaines vacances scolaires ont été programmés. "La pandémie nous a imposé d’être créatifs, mais aussi de prévoir un plan A, B, C et D. Chacun de nos programmes durant les prochaines vacances scolaires prévoit différents cas de figure. On jongle", confie Sophie Lurquin. 

Au lieu de s’arrêter, les équipes de la MJ Squad ont préféré contourner la crise pour se réinventer et repenser l’avenir. Un avenir incarné par les nouveaux locaux. "Ce déménagement arrive dans un contexte particulier. Mais j’ai vraiment le sentiment qu’on recule pour mieux sauter. Ce déménagement a permis à l’équipe de pouvoir investir les nouveaux espaces, les penser, les concevoir avec plus de recul. Pâques va être un moment charnière: nous devrions suivre la vague du retour en présentiel à l’école. Nous sommes prêts”, conclut Patrick Monjoie.

Loïc Struys

Crédit photo : LS