Nivelles: "Certains commerçants du centre pourraient offrir le parking comme ceux du Shopping"


29 décembre 2020

Le Collège communal a refusé de valider la gratuité des parkings du centre-ville de Nivelles. Une mesure contraire à celle prise lors du premier confinement. Les autorités planchent sur des solutions futures de parking et de voitures partagées entre particuliers, via une application. 

Comme un sparadrap. Le dossier des places de parking dans le centre de Nivelles colle aux semelles des autorités de la ville depuis de nombreuses années. Opposition, commerçants, citoyens: ils sont nombreux à manifester leur mécontentement contre, pêle-mêle, la rareté des places disponibles, le manque de parking de dissuasion ou encore l’absence de gratuité des places dans le centre-ville. 

Protéger les habitants

Cette fois, c’est une demande groupée de l’opposition de muer les zones payantes en zones bleues durant les fêtes et les soldes qui a relancé le débat. Une requête refusée par le Collège communal, pour plusieurs motifs, comme nous l’explique Pierre Huart, le bourgmestre de la ville. "On a voulu protéger les habitants qui avaient renouvelé leur carte de riverains au printemps dernier. Les gens qui paient des cartes de riverains espèrent avoir un emplacement de parking à proximité de chez eux. En octroyant la gratuité, on ne pouvait plus leur garantir cette place. La décision a été d’assurer des emplacements à proximité. Et puis, modifier le règlement de stationnement en vigueur impose une certaine procédure: on aurait pu nous reprocher, en modifiant ce règlement, d’être dans l’illégalité."

L’autre motif avancé est de favoriser le turnover dans le centre-ville et, de la sorte, d’augmenter le passage dans les commerces. "Vaut-il mieux avoir une voiture qui reste garée 8 heures ou d’en avoir 8 qui restent une seule heure?", questionne le bourgmestre. "Pour le commerce, il est clair qu’il vaut mieux avoir la plus grande rotation possible. De toute façon, pour le moment, l’accès aux magasins est limité à 30 minutes et le parking est gratuit pendant une demi-heure. Il n’y a pas de meilleur système que celui qui fonctionne actuellement." 

Ce choix contraste avec celui posé lors du premier confinement au printemps dernier. À l’époque, l’ensemble des rues du centre-ville avaient été rendues gratuites. Partant de ce constat, la décision prise par le Collège communal à de quoi surprendre. "Lors du premier confinement, tout le monde était à l’arrêt. Ce n’est pas le cas maintenant: nous sommes en période de fêtes, des gens fréquentent les magasins. La configuration n’est pas la même. En plus, notre personnel communal était en dispense à cette époque. Là encore, ce n’est plus le cas maintenant."

Comme au shopping

À Nivelles, le débat autour des places de parking du centre-ville n’est pas neuf. En dépit des critiques, Pierre Huart garde la même ligne de conduite. "C’est un dossier récurrent. Il est toujours porté par les mêmes personnes. Mais, tout le monde n’est pas naïf: octroyer la gratuité, ça se paie, d’une manière ou d’une autre. À titre personnel, je qualifie cette demande de démagogique, qui revient un peu comme le monstre du Loch Ness. Gratuité pour-ci, gratuité pour-ça: il y a toujours quelques personnes qui râlent par rapport au fait que nous n’avons pas instauré la gratuité. Mais, quand on voit le prix de certains produits vendus par certains commerçants, on pourrait imaginer qu’ils fassent un effort en offrant le stationnement à leur client, à l'image des commerçants du shopping. Parce que, quand on vient me dire que le parking est gratuit au shopping, il ne faut pas oublier que ce sont les commerçants qui le paient à travers leur loyer."

Parking et véhicules partagés

Le bourgmestre réfute, par ailleurs, que le manque de parking gratuit fait fuir les clients du centre-ville. À ses yeux, il importe aux commerces actuels et futurs du centre à se démarquer pour les attirer. "Quand je vais faire des courses, ce n’est pas la gratuité qui me motive à me rendre chez un commerçant ou chez un autre. C’est le service qu’il m’offre, la qualité du produit qu’il vend. Pour moi, c’est ça dont le centre-ville a besoin: d'avoir des nouveaux commerçants, des commerces spécifiques, des choses qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, même sur internet. Le défi des commerçants n’est pas d’avoir la gratuité, mais de lutter contre la concurrence d’internet et des commandes en ligne. La personne qui connaît Nivelles sait où elle doit se rendre pour profiter d’un parking gratuit. De toute façon, même en zone payante, il y a une demi-heure gratuite. Outre les quelque 450 places du Mont-Saint-Roch, il existe un parking de 100 places à la rue Roblet qui offre une gratuité de 2 heures. Il est donc très facile de s’y garer et de faire ses courses à proximité. Le centre-ville de Nivelles n’est pas celui de Bruxelles: il est possible, facilement, d’aller faire ses courses à pied."


Conscientes néanmoins de la nécessité d’optimiser l’offre et de diminuer le nombre de voitures en circulation, les autorités communales étudient la possibilité de mettre à disposition de places de parking et de véhicules entre particuliers via une application mobile. "Ce projet a été ralenti à cause du covid. Nous avons entamé des discussions début 2020 avec une société spécialisée de manière à optimiser l’occupation de ces places de parking. Créer une place de parking peut coûter cher et une place de parking est rarement utilisée 24h/24. Donc, une personne pourrait l’occuper la journée et le soir, des riverains pourraient revenir à leurs emplacements. De même, pas mal de bureaux ou de petites entreprises ont des parkings occupés la journée, mais pas le soir. Avec une application sur smartphone, il sera possible d'optimiser l’occupation de ces places. L’autre solution, c’est la voiture partagée. Car la deuxième voiture d'un ménage est très rarement utilisée et une voiture coûte cher. Donc, le fait de mettre des voitures partagées à disposition permet à des personnes de s’en servir selon leurs besoins, pour aller faire des courses par exemple. Des particuliers mettraient leur voiture à disposition (via une application type "getaround", ndlr), sans avoir des frais d’achat à la base."

Loïc Struys

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