Nivelles : le compte à rebours est lancé pour rapatrier la "Rolls-Royce" des camions de pompier


19 janvier 2021

Un Nivellois tente de réunir les fonds pour rapatrier un camion de pompier dans sa ville. Le véhicule est actuellement à Alost où il devait prendre place dans un musée. Plusieurs milliers d’euros sont nécessaires pour mener à bien l’opération.

C’est une démarche citoyenne, d’un Nivellois amoureux de sa ville et intéressé par tout ce qui s’y rattache. Cette idée trouve sa source sur les réseaux sociaux, au travers de deux photographies postées la semaine dernière par Pierre Huart, le bourgmestre de Nivelles.  

"Le bourgmestre, Pierre Huart, a posté deux photos d’un camion de pompier de la ville de Nivelles qui se trouve actuellement à Alost", nous raconte Michael Heris. Il s’agit d’une autopompe lourde Chevrolet, utilisée à la caserne de Nivelles entre 1959 et 1990. "Il est difficile de savoir comment elle s’est retrouvée à Alost. Apparemment, elle aurait été revendue voire donnée pour un euro symbolique en vue d’intégrer un musée des services incendies dans cette ville. Son propriétaire m’a expliqué ses difficultés actuelles à la rénover et c’est pour cette raison qu’elle est en vente. Ce camion m’a rappelé mon enfance à Nivelles: je me suis dit qu’il était dommage de le voir dépérir là-bas, exposé au vent et à la pluie. L’idée m’est venue de le ramener en terre aclote et de le faire rénover. La volonté est de ramener un élément du patrimoine nivellois et de le conserver."

Le prix est fixé: 4.000 euros. Un prix raisonnable, mais qui risque d’être gonflé par d’autres frais. "Ce montant concerne uniquement l’achat du véhicule. Après, il faut penser à le faire revenir à Nivelles et à le rénover. Donc, à l’heure actuelle, nous sommes en train de faire les calculs pour savoir à combien pourrait se chiffrer l’ensemble des coûts". Car, malheureusement, les effets du temps ont lourdement endommagé la carrosserie. "Un camion resté sous la pluie pendant des dizaines d’années est dans un mauvais état. Il est rouillé. L’ensemble de la carrosserie est encore en relatif bon état. L’avant du camion est problématique au niveau des phares, notamment. L’intérieur, en bois, est, par contre, en mauvais état."

Avec l’aide d’Osez Nivelles, Michael Heris entreprend des démarches tous azimuts pour obtenir, notamment, le concours d’écoles pour rénover la carrosserie. Le temps presse, il doit donner une réponse au propriétaire ce vendredi. "On aimerait lancer une campagne (de crowdfunding, ndlr). On est en train de chercher une solution avec Osez Nivelles pour pouvoir récolter des fonds. On ne voulait pas mettre de compte personnel, on voulait vraiment faire cela en parfaite synergie et transparence. Quant à la ville, elle nous a expliqué ne pas être demandeuse et ne souhaite pas injecter d’argent, ce qui est logique. Du coup, il faut vraiment réfléchir et ne pas se lancer sans connaître tous les coûts exacts. Le but, c’est de remettre la carrosserie en meilleure état, mais nullement de le faire rouler."

Vélos et rue de Saintes

S’il parvient à réunir les fonds, Michael Heris aimerait en faire don et le restituer à la caserne de Nivelles. "On aimerait bien qu’il revienne à la caserne des pompiers. Nous sommes en relation avec eux. Nous aimerions l’exposer à l’extérieur. Ce lieu appartient au SPW, donc il y a aussi certaines démarches à entreprendre. Nous aimerions vraiment l’exposer là-bas. J’ai eu contact avec un pompier toujours en service, avec des anciens pompiers qui souhaitent me raconter l’histoire de ce camion. Il y a des passionnés."

Parmi eux figure Maurice Van Holle, pompier nivellois pendant près de 40 ans qui a conduit l’autopompe Chevrolet. "La démarche de Mr Heris est un pincement au coeur, nous glisse-t-il. Je suis entré à la caserne en 1961, soit deux ans après l’arrivée de cette auto-pompe. J’ai conduit ce véhicule pendant des années: c’était la Rolls-Royce des camions de pompier, mais sans direction assistée (rire). On pouvait partir en intervention avec quinze hommes à l’intérieur. Il était équipé d’un réservoir d’eau de 2000 litres, les pompes arrière et avant nous permettaient de travailler pendant 15-20 minutes avec deux lances en même temps, de quoi laisser le temps au véhicule d’approvisionnement d’eau de venir nous recharger. Pour l’époque, c’était du jamais vu." 

Ce véhicule était nettement supérieur aux modèles qui prétendaient disposer de caractéristiques similaires. "Pour vous dire, à l’époque, certains modèles se faisaient dépasser par des vélos dans la rue de Saintes". Hélas, avec le temps, le Chevrolet a dû céder la place à une nouvelle génération de véhicules. "Cela m’a fait mal au cœur de le voir partir en 1990. Mais il fallait faire de la place et il devenait vieux. Il a été entreposé pendant tout un temps à la base militaire. J’ai ensuite perdu sa trace". Plus de 30 ans après sa mise hors-service, le camion Chevrolet a été retrouvé. Reste à voir s’il reviendra un jour à Nivelles. Le compte à rebours est lancé.

Loïc Struys

Crédit photo : Pierre Huart