Nivelles : “Rouvrir notre club-house est un risque évident”


09 juin 2020

Les club-houses font partie des établissements autorisés à rouvrir au premier jour de cette 3e phase de déconfinement. En dépit d’un certain soulagement, les acteurs du secteur relancent leur activité avec de nombreuses interrogations. Les règles imposées par les autorités fédérales demandent des adaptations qui freinent la réouverture. Sans parler des finances, exsangues. C’est le cas du Smash Inn, le bar-restaurant du club de tennis le Smashing, à Nivelles.

La 3e phase de déconfinement a débuté ce lundi 8 juin. En dehors des bars et restaurants, les buvettes des clubs de sport sont également autorisées à rouvrir leurs portes. Même si le terme "buvette" colle peu au standing de l’établissement qui nous a ouvert ses portes, le contexte reste identique. Inactif depuis le 14 mars dernier, le club-house du Smashing club nivellois, le club de tennis du parc de la Dodaine, se prépare à retrouver sa fidèle clientèle au bar et au restaurant. Un retour de l’activité loin de dissiper les nombreuses interrogations. 

"C’est à la fois une situation compliquée et un challenge", analyse Philippe Descamps, gestionnaire du Smash Inn. "On ne sait pas où l’on va. On est tous affectés par la période que l’on vient de traverser. Nous sommes beaucoup à voir nos finances dans le rouge, surtout des structures jeunes comme la nôtre. On est obligés de repartir avec une adaptation de l’outil". 

Une adaptation qui a contraint l’établissement à postposer son ouverture. À la fois, pour moduler les espaces intérieur et extérieur et pour consentir - "de l’ordre de 600 euros", évalue M. Descamps - aux investissements indispensables aux règles sanitaires. C’est pourquoi le bar ouvrira le mercredi 10 juin et le restaurant, le 12. "C’est une question d’ordre pratique. La période d’inactivité nous laisse avec des finances précaires : nous avons dû renégocier avec certains fournisseurs des délais de paiement. Nous devons non seulement réinjecter de l’argent pour racheter des marchandises, mais nous avons encore des factures à honorer d’avant crise qui, en temps normal, auraient été réglées si nous avions travaillé normalement ces 3 derniers mois”.

Une période souvent porteuse pour un club de tennis de cette envergure, qui voit son imposante terrasse avec vue sur l’étang de la Dodaine se garnir d’une clientèle variée à la sortie de l’hiver. "La période d’arrêt est très importante parce qu’elle coïncidait avec la fin de l’hiver, une période plus calme durant laquelle nous maintenons un personnel en surnombre par rapport au volume, justement pour être prêts à assumer le retour de la belle saison et la charge de travail supérieure qu’elle exige. Or, le chiffre d’affaires que nous espérions et qui justifiait nos efforts de l’hiver, nous est passé sous le nez".

Limiter les pertes

Une perte qui représente 25 à 30% du chiffre d’affaires annuel. "Comme beaucoup, on subit de plein fouet cette pandémie, avec des conséquences qu’on a du mal à jauger aujourd’hui. Et si nous ne parvenons à récupérer un peu de nos pertes, la prochaine saison d’hiver va être difficile à aborder. La seule chose que nous espérons par rapport à la reprise, c’est que des compétitions comme les Interclubs - importants en termes de volumes et de fréquentation - se déroulent en août/septembre, comme annoncé. Cela nous permettra de limiter les pertes".

Outre les conséquences économiques, cette inactivité a entraîné un bouleversement social. "Nous avons dû, par la force des choses, nous séparer de 25% de notre équipe. Outre l’aspect humain, cela affecte notre organisation d’autant que nous sommes ouverts 7 jours sur 7. Vu la main d’oeuvre encore présente, la charge de travail va inévitablement augmenter. À ceci s’ajoute l’incertitude liée à la reprise : nous ignorons comment les gens vont réagir. Certains pensent à un rapide démarrage, que les gens vont à nouveau vouloir sortir et renouer avec leur cercle social. Pour d’autres, il existe un risque avec l’arrivée des vacances. Les gens vont-ils passer l’été en Belgique ou vont-ils quand même partir à l’étranger et, du coup, ne plus fréquenter nos établissements? Evidemment, l’un ou l’autre va influencer notre chiffre d’affaires". 

Contrairement à des infrastructures plus étroites, le Smash Inn jouit d’espaces intérieur et extérieur qui peuvent accueillir de nombreux clients dans un certain confort et en respectant les règles de distanciation sociale. Cependant, la particularité des lieux, où bar et restaurant sont étroitement imbriqués, impose une reconfiguration totale de l’espace. 

Contraintes

"La gestion des espaces qui, en général, était bien définie entre le bar et le restaurant, se retrouve bouleversée. Normalement, nous pouvons, par beau temps, dresser une centaine de couverts. Mais la donne change désormais puisque toute la partie bar est également obligée de s’asseoir. Nos volumes de restauration vont du coup être impactés par les mesures imposées. Nous avons dû tout réorganiser en ne tenant plus compte des clients qui restent statiques à un bar. Mais, on a trouvé des solutions intermédiaires en couvrant une partie de notre terrasse pour répondre à l’attente de consommation de notre clientèle bar. Et nous avons de grands espaces extérieurs. C’est un énorme avantage. Le climat favorable pourrait nous permettre d’empiéter sur des surfaces non-utilisées au départ et les équiper temporairement pour servir les gens en plus grand nombre". 

Côté pratique, les contraintes sont nombreuses. Port du masque pour le personnel en salle ou de visières en cuisine ne sont que les premières lignes d’une longue liste. "Les verres doivent être lavés à 60 degrés, les verres de bières ne peuvent être lavés dans de l’eau froide et ne peuvent plus être touchés une fois qu’ils sont sortis des machines à laver. Enfin, l’assiette préparée en cuisine ne peut être prise sans gel hydroalcoolique".

Les réservations, quant à elles, sont vivement conseillées. S’il est reconnaissant des aides publiques obtenues, du soutien de la structure sportive du club qui a supprimé des loyers, le gérant du Smash Inn attend d’autres réponses des autorités. "Des plans ont été proposés, dont des crédits à faibles intérêts garantis par l’Etat. Mais ces aides doivent être validées, sans parler que la libération de ces crédits se feraient vers la fin de l’année. Or, la période critique pour nous, elle est maintenant. On essaie de faire en sorte d’accélérer les dossiers pour avoir des fonds et nous donner de l’air, avant que toutes les factures auxquelles nous devrons faire face, nous tombent dessus".

Fréquentation en hausse

Ces nombreux obstacles, l’absence de réponses immédiates et le stress que génèrent l’attente et les difficultés financières ont failli pousser le Smash Inn à cesser ses activités. "On a pensé arrêter. Le fait de redémarrer est un risque évident. Si demain, on devait faire face à une situation identique, on n’est pas préparés financièrement à y être à nouveau confrontés. Il signifierait l’arrêt définitif de nos activités". 

Côté bonne nouvelle, le tennis, premier sport à avoir été déconfiné, connaît un pic de fréquentation. Au Smashing, les membres sont désormais près de 400, soit une hausse de 19% par rapport à l’an dernier. Une croissance sans garantie pour le bar et le restaurant, mais qui laisse entrevoir une embellie.

Loïc Struys 

Crédit photo : Facebook Smash Inn