Noel Levêque : "Le RCABW ne va plus vivre de la même manière"


06 avril 2020

Lundi passé Noel Levêque était l’invité de What the sport. Nous avons évoqué la situation de confinement avec lui. Comment le Royal Club d’Athlétisme du Brabant Wallon (RCABW) traverse-t-il cette crise ?

Au niveau financier

« Les asbl comme la nôtre fonctionnent à l’année et n’ont pas forcément l’argent au début de la saison. L’argent rentre progressivement en fonction des activités du club. Or ici nous sommes obligés d’annuler toutes nos organisations et de ce fait les subsides pour les organisations importantes comme le meeting international de Nivelles ou encore l’opération ‘Vise ta forme’ risquent de nous passer sous le nez. Seulement ça n’était pas nos seules rentrées d’argent, notre club-house est fermé depuis le 14 mars donc pas de rentrée d’argent de ce côté-là non plus. Toutes nos rentrées d’argent sont à zéro. »

Le soucis avec cette situation pour les clubs et les structures sportives telles que le RCABW c’est que ce manque à gagner aura inévitablement des répercutions pour l’après Covid19.

« Tout ceci veut dire qu’immanquablement ça va avoir des conséquences sur le club, sur le défraiement des entraîneurs, sur l’aide aux athlètes. Tout ceci va avoir une très grosse influence et je crains même que des clubs, que ce soit d’athlétisme ou autre, voient carrément leur avenir compromis car on ne peut pas repartir sur les mêmes bases sans avoir eu de rentrées pendant tout un temps. »

"Le CABW n’est pas menacé de disparaitre"

Heureusement c’est une situation que le club ne devrait pas connaitre. A la question de savoir si le club était menacé de disparaitre, Noel Levêque se montre catégorique.

« Non, disparaitre ça certainement pas ! Mais adapter sa politique sportive, son organisation, sa cession à ce qu’il va se passer après le coronavirus et même à ce qu’il se passe maintenant, ça oui. On ne sait pas gérer le club comme on le veut. On devait faire deux stages à Pâques, un à l’étranger qu’on fait depuis 1977. C’est la première fois qu’on annule ce stage qui devait avoir lieu dans le sud de la France. Il est annulé mais on avait déjà engagé de l’argent pour l’hébergement, pour l’autocar, pour les installations. On a pu récupérer une partie mais tout n’est pas récupérable. Même chose pour le stage des jeunes de l’école d’athlétisme qui devait avoir lieu dans le centre ADEPS d’Arlon. Il y avait 50 enfants qui devaient partir là-bas mais le stage est annulé également. Là aussi on avait engagé de l’argent. Donc non seulement on ne rentre pas d’argent mais on en perd avec des engagements qui ont été fait avant et qui ne sont pas remboursables. (…) Immanquablement le club ne va plus vivre de la même manière. »

L'apres Covid19

Mais qu’en sera-t-il de la deuxième partie de la saison ? Quand ce fichu virus aura disparu (on l’espère) pour de bon et que les choses reprendront leur cours normal. Sur ce point, le président du CABW se montre plutôt pessimiste.

« Je ne suis pas très optimiste pour la deuxième partie de la saison. Parce qu’en athlétisme on a déjà raté les championnats provinciaux, on a aussi raté les interclubs qui est un moment important pour notre club qui foule chaque fois le podium national en dame et en homme ainsi que chez les jeunes, on a gagné 12 fois en 15 ans. Je pense que ça change déjà beaucoup de choses. Maintenant dans les événements à venir nous ne sommes sûrs de rien. Par exemple on en est à mettre en balance l’organisation du meeting international du CABW qui doit avoir lieu le 21 juin et la course mémoriale Rodolphe Bodart qui doit avoir lieu le 6 juin. On est pas du tout certain que ces organisations là vont avoir lieu. On essaye de reporter beaucoup d’organisations dans la deuxième partie de la saison mais on ne peut pas tout reporter sans quoi cette deuxième partie va être infernale avec des athlètes qui ne sont pas préparés. »

Les Jeux Olympiques 

Par rapport aux Jeux Olympiques (dont le report au 23 juillet 2021 a été officialisé), plusieurs athlètes du club étaient concernés et potentiellement sélectionnables. Là, c’est un peu au cas par cas.

« Le report est une très bonne décision. Pour les athlètes plus jeunes je dirais que c’est une aubaine mais pour les athlètes qui comptaient arrêter leur carrière après ces Jeux c’est une petite catastrophe. Je prends l’exemple de notre perchiste Fanny Smets qui a 33 ans. Elle espérait se qualifier pour les JO de Tokyo. Elle fait beaucoup de sacrifice pour les entrainements, elle n’a pas de contrat d’athlète professionnel. Elle est diplômée en médecine mais n’a encore jamais exercé pour se consacrer totalement à l’athlétisme. Pour elle je pense qu’attendre un an de plus ça va être extrêmement dur mais je pense qu’elle va le faire car elle a le caractère pour aller au bout de ses ambitions. Pour des plus jeunes comme Lucie Ferauge, c’est un an de plus de progression tant au niveau physique que psychologique donc pour elle le fait que ça soit reporté d’un an n’est pas un problème très grave. Pour les autres qui sont d’un âge moyen, autour de 25 ans, comme Cynthia Bolingo et Ismael Debjani je ne pense pas non plus que ça posera beaucoup de problème. D’ailleurs ces quatre athlètes que je viens de citer sont toujours en lice pour participer aux championnats d’Europe de Paris fin août, s’ils ont lieu. A ces quatre là, il faut ajouter Dorian Boulvain qui espère aussi se qualifier pour ces championnats d’Europe. Mais lui, il faut qu’il trouve encore une compétition de qualification or trouver un 10.000m en été ça n’est pas évident du tout. »

Enfin, concernant les chances de la Belgique de briller d’avantage aux Jeux de 2021 que ceux de 2020, « tout dépend pour quel athlète ». Il est vrai que nous avons de très bon talents qui arrivent mais aussi des champions qui arrivent en fin de carrière. « Il y a des athlètes pour qui c’était plus ou moins les derniers Jeux. On pense aux jumeaux Borlee pour qui ça ne sera pas facile non plus. Mais pour d’autres comme Nafi Thiam ou les relayeuse de 4x400m dame, je pense que une année de plus de préparation n’est pas mauvais bien que la préparation est évidemment très perturbée. Il est clair que si on reprend très tard cette année, des athlètes vont déjà commencer à préparer la saison 2021 et faire abstraction de la fin de saison 2020, dans les athlètes de tout haut niveau je veux dire. »

La nouvelle génération

Notre dernière question concernait les chances de voir d’avantages d’athlètes du CABW sélectionnés pour les JO de l’année prochaine et pour les mondiaux d’athlétisme de 2021 qui ont été reporté à 2022. Sa réponse laisse place à l’optimisme et est une preuve supplémentaire que l’athlétisme belge et local a encore de très beaux jours devant lui. « Oui, il y a des athlètes au club qui sont encore jeunes et qui sont des athlètes qu’on voit surtout très bien aux Jeux Olympiques de Paris en 2024 mais aussi pour de futures grosses compétitions comme les championnats du monde de 2022 et les championnats d’Europe de 2023. »

Amaury Detroz
Crédit photo: Noël lévêque