Pont-à-Celles : « On attendait un mea culpa de la part d’IC »


20 janvier 2021

Ce mercredi est placé sous le signe du changement en politique. Aux Etats-Unis, Joe Biden deviendra officiellement le 46e président ce soir. Chez nous, à Pont-à-Celles, la motion de méfiance à l’égard d’IC sera soumise au vote du Conseil communal. Nous avons interrogé Pascal Tavier, le bourgmestre de Pont-à-Celles, sur le sujet et ce qui a marqué la commune durant l’année écoulée.

Quels projets ont été menés pour la commune en 2020 ?

On a essayé de fonctionner tant bien que mal durant cette période de crise sanitaire. Plusieurs projets ont été initiés comme la Maison Rurale, qui sera ouverte à plusieurs associations et accueillera une salle de spectacle de 220 places sur le site de l’Arsenal. Il y a le volet environnemental aussi, avec le verdissement du parc automobile et l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits des bâtiments communaux. Avec l’aide du CPAS, nous avons également initié un projet d’épicerie sociale. Enfin, nous avançons sur le projet de club-house pour le club du PAC Buzet. En bref, nous avons avancé sur plusieurs projets à intérêt culturel, social et environnemental.

Vous dites avoir progressé sur plusieurs projets malgré la situation sanitaire. Comment évaluez-vous, avec du recul, la gestion du virus par les élus à Pont-à-Celles ?

La commune a pour moi réussi à relever le défi posé par l’épidémie, en assurant plus qu’un service minimum. La collaboration des équipes communales, malgré les absences, a été intéressante.

Il faut savoir que nous ne maitrisons pas tous les aspects, nous devons suivre les recommandations du fédéral et de la région. Nous avons dû continuellement nous adapter à la situation. Mais nous avons quand même pris plusieurs décisions au niveau communal. En mai, lorsque la réouverture des écoles a été envisagée, nous avons estimé que les règles définies n’étaient pas suffisantes pour rouvrir les écoles. Les directives ont été adaptées 15 jours après et nous avons alors pu envisager cette réouverture.    

Nous avons aussi tenté d’aider le secteur de la culture à se réinventer. Et je pense pouvoir dire que nous avons réussi, le cinéma en plein air a notamment rencontré un certain succès. Le centre culturel également a organisé plusieurs activités, notamment dans le cadre de la Saint-Nicolas.

Au niveau du télétravail, nous avions une longueur d’avance. En effet, celui-ci est possible depuis un an au niveau de l’administration communale. Donc quand le fédéral a rendu le télétravail obligatoire, nous étions prêts à y faire face.

Pour les maisons de repos pont-à-celloises, comment cela s’est-il passé ?

Il faut savoir que les maisons de repos sont des structures privées, elles ne sont donc pas du ressort de la commune. Néanmoins, j’ai mon point de vue sur cette question en tant que directeur de maison de repos. Là encore, notre marge de manœuvre était limitée par ce qui se décidait plus haut. J’ai trouvé que certaines décisions étaient contradictoires. Le plus embêtant, c’étaient les retards dans la fourniture de matériel notamment. Et dans le testing aussi, qui a tardé dans les maisons de repos. Je comprends évidemment que cela n’a pas été facile à organiser pour le gouvernement. En attendant, sur le terrain on a vraiment eu l’impression que les décisions étaient prises avec un temps de retard.

En politique, la fin d’année fut assez mouvementée et marquée par deux faits majeurs. Il y eut d’abord la décision de Christian Dupont fin octobre de quitter le Conseil communal. Que vous évoque-t-elle ?

Ce pas de côté était attendu. La volonté était de laisser la place à la jeunesse (l’ex-bourgmestre a été remplacé par Garance Wauthier, ndlr). Le PS a voulu donner sa chance à une candidate d’ouverture, progressiste. Monsieur Dupont reste l’un des cadres du parti et n’est jamais avare d’un conseil quand nous en avons besoin.

Second fait important, plus récent, la motion de méfiance à l’égard du mouvement IC, qui a fait tomber la majorité actuelle et créé la polémique sur les réseaux sociaux. Quelles étaient vos motivations ?

Tout d’abord, les citoyens doivent bien comprendre que nous n’en sommes pas arrivés là d’un coup, la situation s’est progressivement détériorée. Nous reprochons à IC des attitudes discutables du point de vue de la bonne gouvernance. Le problème, c’est que le mouvement n’en a pas pris conscience et n’a pas fait son mea-culpa. Nous sommes prêts à accepter les erreurs et maladresses, mais celles-ci se sont multipliées ces derniers mois. La confiance s’est peu à peu dégradée.

J’ai rencontré Luc Vancompernolle (1e échevin IC) en juillet et les autres membres IC du collège communal en août par deux fois pour leur faire part de nos inquiétudes. Suite à cela nous avons constaté des améliorations sur certains points mais ce n’était pas suffisant. Le respect de l’intérêt général n’était plus garanti et parfois les intérêts individuels primaient sur le collectif. Pour d’autres points, c’est le respect de la loi qui posait problème. Des décisions du collège n’ont ainsi pas été respectées. Tout cela nous amène à un contexte difficile qui n’était plus tenable.

Pensez-vous que le mouvement IC va sortir grandi de cette situation et opérer un retour en force en 2024 lors des prochaines élections communales ?

L’avenir nous le dira. C’est difficile de le savoir actuellement. Je crois qu’ils doivent tendre à une meilleure union. Nous avions remarqué, le PS comme les autres partis présents au Conseil communal, des divergences au sein même du groupe IC. Et ça se comprend ! Il est composé d’anciens MR, d’ex-CDH, d’écologistes et puis de personnes neutres. Je pense que leur avenir passe par là : ou ils vont bloquer sur ces divergences et le groupe va finir par se séparer ; ou ils vont mettre en évidence les convergences pour mieux se rassembler. C’est un des problèmes : IC n’arrivait pas à parler d’une seule voix, leur ligne de conduite, leur idéologie n’était pas claire.     

Vous allez maintenant travailler avec le MR et Ecolo au sein de la majorité. Que peut-on attendre de cette collaboration pour les quatre prochaines années ? Quels seront les projets à mener ?

J’aimerais d’abord faire une petite remarque. L’ancienne majorité représentait 15 sièges. La nouvelle majorité que nous allons former en comptera 17, soit deux de plus. Au Conseil communal, le total est de 25 sièges, cela représente donc le vote de 61% des électeurs. Je considère que la démocratie est respectée.

La politique que nous allons mener sera ouverte et ambitieuse. Elle sera aussi progressiste, avec Ecolo qui rejoint les rangs de la majorité. Concrètement, nous serons occupés à deux choses : continuer à développer les projets en cours et amorcer la relance au niveau communal pour amortir les effets de la crise sanitaire. Les mesures auront un objectif triple : social, économique et environnemental.

Ce qui va peut-être nous aider, c’est que la composition de la majorité est la même que pour le gouvernement wallon et au fédéral côté francophone. Cela pourrait être plus facile pour adopter des mesures de soutien.

Pour finir, que souhaitez-vous à nos auditeurs et aux citoyens pont-à-cellois pour l’année 2021 ?

Je leur dirais non pas « bonne année et meilleurs vœux » mais plutôt « meilleure année et bons vœux » (rires).

Plus sérieusement, j’espère que les projets que nous mènerons nous aideront à sortir, tous ensemble, avec la population, de cette pandémie. Le programme de la nouvelle majorité inclut d’ailleurs la participation citoyenne. Personnellement, je souhaite que les associations locales, clubs de sport et commerces puissent reprendre leurs activités au plus vite.

Nathan Scheirlinckx

Crédit photo : Ultrason