Réforme des rythmes scolaires : "Ça fait 30 ans qu'on en parle."


17 mai 2021

La réforme des rythmes scolaires pour les maternelles, primaires et secondaires fait couler beaucoup d’encre. Des avis relativement différents se font entendre. Ultrason a décidé d’aller à la rencontre d’un acteur de terrain afin de prendre le pouls de la situation. Interview d’un professeur du Collège Sainte-Gertrude, à Nivelles.

Dès la rentrée 2022, les vacances d’été vont passer de neuf à sept semaines. Celles de Carnaval et de la Toussaint vont, elles, durer une semaine de plus. Et ce, pour toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des maternelles aux secondaires. Ces changements, nous le verrons, ne sont pas sans importance.

Nous sommes allés à la rencontre de Rohan Hagon, professeur de Sciences et d’Étude Du Milieu pour les premières et deuxièmes du secondaire. Il est aussi père de trois filles.
Ce dernier s’est confié à nous en qualité de professionnel et de père de famille. Il porte un regard plutôt positif sur cette réforme.
« Premièrement, ça fait presque vingt ans que je donne cours et, quand on voit les élèves arriver après sept ou huit semaines complètes de cours, on peut voir qu’ils sont très fatigués. Ils trainent les pieds, sont moins enclins à apprendre et la nouvelle matière passe moins bien. C’est plus complexe de les tenir intéressés. Des périodes de cours trop longues, ce n’est pas productif. […] On remarque aussi qu’après une semaine de congé, les élèves sont à peine déconnectés qu'ils sont déjà de retour sur les bancs de l'école. Ils sont reposés, mais pas assez. On peut facilement imaginer que des vacances de deux semaines leur permettraient d’être plus en forme. », nous explique-t-il, plein de sympathie et de bienveillance à l'égard de ses élèves. 
Rohan continue en abordant, cette fois-ci, les grandes vacances : « Ensuite, neuf semaines, comme on les a eues jusque maintenant et comme on les aura encore cette année, c’est fort long. Trop long. Beaucoup d’élèves nous confient ne plus se souvenir de ce qui a été fait l’année précédente. Ces vacances représentent une coupure trop importante. Les raboter ne serait donc absolument pas dérangeant. À mon sens, cela permettrait de pouvoir redémarrer avec plus de souvenirs et de connaissances. ».

Bien sûr, cette réforme aura des répercussions sur la manière dont les cours seront donnés et la façon dont la matière sera évaluée. Selon notre interviewé, ce n’est pas un problème et ça ne lui fait pas peur : « On va de plus en plus vers l’évaluation continue. Nous, les professeurs, nous devrons aussi évoluer. Dans l’enseignement, il faut constamment se remettre en question et changer notre méthode. Tout ça c’est de l’adaptation. S'adapter, c’est le rôle des enseignants. Puis, nos cours ne sont jamais exactement les mêmes d’année en année, ne serait-ce que parce que le programme change. La transition ne sera donc pas trop difficile. ».

Notre père de famille insiste sur le fait que l’on voyait venir cette réforme depuis longtemps. Ce n'est pas vraiment une surprise. « Ce n’est pas quelque chose qui arrive et tombe de nulle part, cette réforme a été pensée et réfléchie. Ça fait trente ans qu’on en parle. […] Il y a eu une grande réflexion autour de l’enseignement, lors de la rédaction du pacte d’excellence, il y a quelques années. Il n’y a pas eu de sondage, mais un échantillon représentatif du corps enseignant a pu donner son avis. De tout cela est ressorti quelques pistes et indications à suivre. Parmi celles-ci, il était déjà mentionné qu’il fallait revoir les rythmes scolaires, notamment. ». Il poursuit, en faisant appel au bon sens, « Ce n’était peut-être pas la meilleure période pour annoncer la réforme, mais il fallait bien le faire un jour. Il nous reste un an pour nous préparer, on a le temps de le voir venir. ».

En tant que bon professeur et mentor pour ses élèves, Rohan Hagon a épinglé quelque chose qui l’a particulièrement bousculé dans le tumulte causé par l’annonce de la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir. Il a donc un message à faire passer : « Quand on entend ou qu’on lit une actualité, il ne faut pas réagir "à chaud". Lors de reportages à la télévision ou sur les réseaux sociaux, j’ai malheureusement pu entendre ou lire des personnes qui portaient des critiques acerbes par rapport à l’enseignement, aux enseignants ou même à la ministre. Ces individus, dans leurs propos ou dans leur manière de parler sont agressifs et remettent en cause le bien-fondé ou même l’intégrité d’autres personnes. C’est tout à fait dommage. [...] Que l’on s’attaque à une fonction ou à une décision politique, c’est quelque chose de tout à fait imaginable. On peut le comprendre. Mais il ne faut pas s’attaquer aux personnes et porter atteinte à leur intégrité. C’est impardonnable. La réaction "à chaud" n'est jamais une bonne chose».

Guillaume Picalausa
Crédit Image : Google map et Rohan Hagon.